INTERVIEW
Bernard Jadot
BONJOUR BERNARD, POUR COMMENCER POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER ?
Je suis Bernard Jadot, j’ai 74 ans.
Au départ, j’étais enseignant, prof de biologie, puis j’ai fait toute ma carrière comme journaliste au quotidien Le Progrès sur la commune de Villeurbanne, où je m’occupais essentiellement de culture : littérature, théâtre, cinéma…
J’ai arrêté Le Progrès il y a quatre ou cinq ans, à la limite d’âge. Et parallèlement à ça, j’ai commencé ma carrière d’écrivain assez jeune, vers 27-28 ans, avec des romans et des livres documentaires. J’ai eu la chance d’être édité tout de suite, donc j’y ai cru et ça a avancé petit à petit.
À la fin des années 90, lors des vœux du maire de Villeurbanne à la presse, il y a eu un tournant dans ma vie. Je me suis retrouvé à déjeuner face à une adjointe qui s’appelait Michèle Pedrini, qui était le bras droit d’une très grande dame du théâtre lyonnais et même français : Janine Berdin, le Petit Théâtre de Poche à Lyon. Je lui ai dit : « Tu as de la chance de faire du théâtre. Moi, je n’en ai jamais eu l’opportunité, mais ça me plairait bien. »
Et là, elle m’a lancé une sorte de défi. Elle m’a dit : « Tu écris des romans. La prochaine fois, écris une pièce de théâtre, tu me mets dedans, tu te mets dedans et je m’occupe du reste. »
Ça fait à peu près vingt-cinq ans maintenant. Ça a démarré comme ça. Je suis monté sur les planches et je n’en suis plus jamais redescendu, parce que c’est ce que j’ai connu de meilleur.
ET AUJOURD’HUI VOUS CONTINUEZ À JOUER ?
Janine Berdin est décédée quelques semaines avant son centenaire, en 2023, mais elle a tenu son théâtre très longtemps.
Au départ, je jouais chez elle, puis le succès aidant, j’ai trouvé résidence dans un théâtre qui s’appelle La Maison de Guignol, dans le Lyon 5ème, à Saint-Georges. C’est un superbe théâtre à l’italienne. Depuis une quinzaine d’années, je vis ma carrière artistique et théâtrale là-bas. C’est la maison historique de Guignol, à ne pas confondre avec le théâtre de Guignol. On y fait du Guignol pour les enfants en journée et du café-théâtre le soir.
J’y joue toujours aujourd’hui. Là, j’ai arrêté il y a une dizaine de jours un spectacle qui s’appelait Le Coup de la panne, un duo coincé dans une panne d’ascenseur. Je suis alors en duo avec mon indéfectible et talentueuse partenaire, Valérie Alzonne, la créatrice de la Compagnie artistique Gustave et Lucie.
C’EST DU THÉÂTRE AMATEUR ?
C’est entre les deux. C’est une compagnie professionnelle, mais qui fait souvent appel à des comédiens amateurs.
Et puis pour moi, la frontière professionnel/amateur n’a pas beaucoup de sens. C’est juste une question de savoir si on est payé ou pas. Dans les comédiens professionnels, il y a énormément de gens extrêmement talentueux qui servent dans des restaurants le midi et montent sur scène le soir. Dans les deux cas, il faut manger.
AUJOURD’HUI EST CE VOTRE ACTIVITÉ PRINCIPALE ?
Comme je vous l’ai dit, j’ai 74 ans, donc normalement mon activité principale c’est… rien !
Mais en réalité, j’ai toujours mené plusieurs vies en parallèle : journaliste, écrivain, comédien. J’ai arrêté le journalisme, mais tout le reste est resté exactement pareil. La retraite n’a rien changé à mon rythme de vie. Et je ne me vois pas vivre autrement.
Je ne sais pas cuisiner, je ne sais pas jardiner, je ne joue pas aux cartes, je ne joue pas au golf… Je n’ai pas de petits-enfants. Moi, je vibre quand un roman sort, quand je fais des dédicaces, quand je rencontre des gens, quand je remplis des pages blanches.
Et je vibre aussi pendant les répétitions et sur scène. Ma vie, c’est ça.
LA FIBRE DE L’ÉCRITURE A TOUJOURS ÉTÉ LÀ, ET LE THÉÂTRE EST ENSUITE ARRIVÉ PAR L’ÉCRITURE ?
Oui, toujours. J’ai commencé un premier roman en classe de seconde avec un copain. On n’est jamais allés au bout, comme pour beaucoup de premiers romans, mais on avait envie.
Et le théâtre est arrivé comme ça, par l’écriture. Moi, je n’avais jamais fait de théâtre. J’ai écrit une pièce et Janine Berdin a trouvé évident que je joue dedans.
Elle m’a énormément aidé. J’ai eu des cours particuliers avec elle, elle me faisait répéter, elle m’a vraiment pris en charge. Sur mes premières pièces, j’ai été comme un coq en pâte.
EST-CE TOUJOURS VOS TEXTES QUE VOUS JOUEZ ? METTEZ-VOUS ÉGALEMENT EN SCÈNE ?
Oui, ce sont toujours mes textes, et ils sont mis en scène par Michèle Pedrini, qui était l’adjointe de Janine Berdin.
Moi, je ne me suis jamais essayé à la mise en scène. Comme j’écris le texte et que je suis sur scène, je trouve que ce serait bien orgueilleux de vouloir aussi tenir la mise en scène. Et surtout, je pense qu’il faut une rupture entre l’auteur et le comédien. Il faut quelqu’un qui casse un peu vos rêves, qui rende possible les choses, qui apporte un autre regard et sa touche.
VOS TEXTES ONT-ILS DÉJÀ ÉTÉ JOUÉS PAR DES TROUPES AMATEURS ?
Oui, plusieurs fois. Et je ne fais vraiment aucune différence entre amateurs et professionnels.
Il y a notamment Le Théâtre en soi qui a joué une de mes pièces, L’Affaire est dans le sac. Le résultat était remarquable.
J’ai beaucoup aimé voir mon texte être interprété par d’autres.
Quand Le Théâtre en soi a travaillé sur L’Affaire est dans le sac, ils m’ont invité à une première lecture pour éviter les contresens, puis à une répétition générale avant les représentations.
Et là, je n’ai fait aucun commentaire. À partir d’un moment, le texte appartient aux artistes qui s’en emparent.
J’étais époustouflé par le résultat. Ce n’était pas du tout comme moi je l’avais joué, mais c’était formidable. Une autre vision, une autre version, avec les mêmes mots.
Et c’est très intéressant parce qu’on découvre parfois des choses dans son propre texte dont on n’avait même pas conscience.
ÇA DEMANDE UNE CERTAINE HUMILITÉ, NON ?
Oui. Quand on donne un texte à jouer, on le donne entièrement.
Les artistes ont leur regard, leur émotion, leur prisme. Sinon ce seraient des robots.
Les mots continuent à vivre après nous. Par exemple, certains de mes textes ont été écrits il y a plus de vingt ans. Le Bernard Jadot qui les a écrits n’existe plus vraiment aujourd’hui, mais les mots, eux, continuent leur chemin.
SI DES COMPAGNIES SOUHAITENT RETROUVER VOS TEXTES, OÙ PEUVENT-ELLES LES RETROUVER ?
Honnêtement, un peu nulle part !
Je ne suis pas très internet, pas très moderne en communication. Donc ça passe surtout par le bouche-à-oreille : quelqu’un connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un…
Mais voici les textes que j’ai pu écrire:
- Guère épais, mince alors ! Du théâtre de l’absurde. Café-théâtre très inter-actif. On commence avec Guitry, on finit avec Tostoï… 70 minutes. Pour 2 comédiennes et un comédien, ou bien deux comédiens, une comédienne. Scène de ménage doublée façon boulevard d’une troisième guerre mondiale…
- C’est grave docteur ? Succès à Avignon 2023. Pièce déjantée pour une comédienne multi-rôles et un comédien. Le docteur Petiot est psychiatre, il va passer 3 patientes à la moulinette, Violette Nozière, Lucrèce Borgia, et Jeanne Lapoucelle… La consultation tourne à la cata… Un final scotchant… 70 minutes.
- L’affaire est dans le sac. Jouée des dizaines de fois à Lyon, gros succès. Comédie déjantée et féministe. On rit tout le long, mais pas que. Énorme coup de théâtre. Présentée par pls compagnies, réussite assurée.
70 min de folie pour 3 comédiennes et un comédien ou 2 comédiennes et 2 comédiens.
- Comme un p’tit coquelicot. Un psy consulte 4 patientes d’âges différents, l’ado rebelle, la trentenaire coquine, la quadra enceinte et la mamie égarée dans son histoire… Chacune raconte des morceaux de vie et d’amour. On s’aperçoit, au bout du compte, que ces 4 femmes ne font qu’une. Les histoires varient avec le temps qui passe. Poétique, un brin philo, drôle. 70 mn pour quatre femmes et un homme.
- Du vent dans les toiles. Un musée de province. Une toile du XVIIème qui joue du violon. Une autre toile qui parle et qui aime. Un visiteur égaré et qui aime lui aussi. Une gardienne acariâtre et esseulée. Véritable conte philosophique, drôle, tendre, mais pas que. Réflexion sur la vie, l’art, et sur le temps. Pièce pour 1 comédien, 2 comédiennes, 1 musicienne ou 1 musicien…
- Le bal des vieux cons. Elle était prof de maths, elle a perdu la boule, elle est aujourd’hui dans une maison spécialisée.. Il était contrôleur SNCF, il est dans la même maison de retraite, il perd la boule également. 2 jeunes infirmières s’occupent d’eux. Comédie acide, satyrique, philosophique pour 2 comédiennes et 2 comédiens ou 3 comédiennes et 1 comédien.
- Vol au-dessus d’un lit de cocus. Une histoire de fous et de cocus. Un homme mûr qui, suite à un stupide accident, se retrouve en convalescence chez sa sœur, sénatrice schizo et obsédée par les déjections canines. La jeune assistante, Julie, vient apporter un peu de bon sens et de saine folie à ce tourbillon délirant. L’ultime minute du spectacle viendra anéantir toutes les idées préconçues. Farce pour 2 comédiennes et un comédien.
- Le coup de la panne. Ascenseur bloqué… Dans la cage, entre le 6ème et le 7ème étage, Marie-Chantal, une femme très BCBG, terrifiée, et Merlin, un poète baba aux cheveux et aux neurones en bataille. L’ascenseur devient fou… Les deux naufragés se lancent dans les confidences les plus inattendues. Surprenantes révélations… L’ascenseur redémarre. Sauvés ! La discussion se termine dans l’agréable décor fleuri d’un square.
Une comédie folle et joyeuse avec une fin inattendue, à partager en famille ou entre amis. Farce pour une comédienne et un comédien.
Les compagnies intéressées peuvent me contacter directement : 06 82 21 80 55 bernard.jadot69@icloud.com
QUELLE EST VOTRE ACTUALITÉ AUJOURD’HUI ?
Comme romancier, un nouveau livre vient de sortir : Méfiez-vous de la marionnettiste.
C’est un thriller autour d’une jeune femme prise en otage lors d’un braquage. Elle approche de ses 30 ans et n’a qu’une obsession : avoir un enfant. Et pendant sa captivité, elle va manipuler tout le monde; les ravisseurs, la police, les bandes rivales. C’est elle qui tire les ficelles.
Et côté théâtre, Le Coup de la panne sera rejoué fin juillet à Lyon, au théâtre L’Acte 2.
Et puis nous allons aussi ouvrir la saison du nouveau théâtre de Jonage avec notre Coup de la panne, le 4 septembre.
Mes pièces restent toujours des comédies, souvent un peu acides, féministes, avec un gros coup de théâtre à la fin. Et ce sont souvent les femmes qui gagnent.
UN MOT POUR TERMINER ?
Oui, peut-être une anecdote à propos du Théâtre en soi.
Dans L’Affaire est dans le sac, je jouais un vieux directeur de casting un peu coquin. Et il y a un personnage qui représente sa conscience.
Moi, dans ma version, cette conscience était féminine. Mais Le Théâtre en soi a choisi une conscience masculine. Et ça changeait complètement le sens de certaines répliques.
Les mêmes phrases, dites par une femme ou par un homme, peuvent presque vouloir dire l’inverse. J’ai trouvé cette idée absolument géniale.
C’est ça qui est beau dans le théâtre : un texte continue à vivre autrement.
