INTERVIEW
Annie Coppola
BONJOUR, POUR COMMENCER, POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER ?
Je m’appelle Annie Coppola. Je fais du théâtre amateur depuis de nombreuses années, environ 25 ans maintenant. J’ai commencé à pratiquer le théâtre à la MJC de Villeurbanne.
Je suis aujourd’hui retraitée. Je suis également cofondatrice de la compagnie DOMANI, avec mon ami Dominic CELLIER. Nous avons créé l’association DOMANI en 2008.
POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER LA COMPAGNIE DOMANI ET NOUS RACONTER COMMENT ELLE EST NÉE ?
À l’origine, nous avions tous les deux le même professeur de théâtre à la MJC de Villeurbanne. Après quelques années de cours, un jour il m’a dit : « Maintenant, tu devrais te lancer, parce que je n’ai plus grand chose à t’apprendre. » Cela m’a fait un peu bizarre, mais j’en ai parlé avec Dominic, et l’idée a commencé à mûrir.
Nous avons pris le temps d’aller voir ce qui se faisait ailleurs, chacun de son côté, dans différents lieux de théâtre. J’ai notamment travaillé avec plusieurs metteurs en scène, dont Didier Petit, qui est également à la FNCTA du Rhône. Puis, en 2008, nous nous sommes dit : « On se lance dans l’aventure toutes les deux » et nous avons créé l’association DOMANI qui est la contraction de Dominic et Annie.
Notre toute première pièce s’appelait La Terre est une pizza. Depuis, la Compagnie a évolué et compte aujourd’hui huit membres tous bénévoles.
LA COMPAGNIE DOMANI A UNE PARTICULARITÉ : L’INTÉGRALITÉ DES RECETTES DE VOS SPECTACLES EST REVERSÉE À DES PROJETS CARITATIFS. COMMENT EST NÉE CETTE DÉMARCHE ?
Dès la création de l’association, nous avions quatre objectifs. Nous voulions produire des pièces, qu’elles soient nos propres créations ou des adaptations de pièces déjà produites. Nous voulions également faire connaître le théâtre à un large public, notamment aux personnes qui ne peuvent plus se déplacer. C’est pour cela que nous intervenons aussi dans les EHPAD et les résidences seniors. Nous voulions participer à des festivals de théâtre amateur et, enfin, financer des projets caritatifs.
Pour nous, c’était important de faire naître une passerelle entre la culture et une autre dimension, qui est la dimension caritative.
Au début, nous avons soutenu différentes associations. Nous avons notamment participé au dressage d’un chien pour une personne malvoyante, au voyage d’un enfant grâce à une association,
ou encore au financement d’un fauteuil pour un enfant à mobilité réduite. Nous avons toujours eu cette volonté de nous orienter vers les enfants.
Depuis 2020, nous avons un partenariat avec L’IHOPe du Centre Léon Bérard de Lyon (Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique).
COMMENT S’EST CONSTRUITE CETTE COLLABORATION AVEC L’IHOPE ET LE CENTRE LÉON BÉRARD ?
Dominic connaissait bien le Centre Léon Bérard puisqu’il y a travaillé comme médecin. Nous avons donc creusé cette piste et Dominic a pris contact avec L’IHOPe. Ce qui nous a attiré, c’est notamment cette possibilité d’intervenir pour des enfants qui souffrent.
La collaboration avec l’ IHOPe est très sérieuse et se fait à travers des conventions signées entre les deux partenaires. Pour chaque projet que nous menons nous signons une convention. La dernière convention porte sur le financement de « galets de cohérence cardiaque » destinés aux enfants et aux jeunes adultes hospitalisés. Quand on leur annonce qu’ils ont un cancer, un accompagnement psychologique est mis en place et ces galets peuvent les aider à mieux gérer leur stress.
Pour nous, c’est important de savoir précisément où va l’argent et à quoi il sert. Les personnes qui viennent nous voir nous font confiance, bien sûr, mais nous ne voulons pas que cette confiance repose uniquement sur une promesse. Nous voulons pouvoir leur dire : « Oui, l’argent que vous donnez pour cette représentation va au Centre Léon Bérard et plus particulièrement à IHOPe, et qu’il y ait une convention signée derrière. Pour nous, c’est quelque chose de sérieux et de concret.
QU’EST-CE QUI VOUS TIENT PARTICULIÈREMENT À CŒUR DANS CETTE DÉMARCHE ?
Ce dont nous sommes surtout fiers, c’est de montrer que le théâtre peut avoir des répercussions bien au-delà du spectacle lui-même.
D’abord, il permet de donner du plaisir aux personnes qui viennent nous voir jouer. Et ensuite, il permet de créer une passerelle entre la culture et les services de santé. Pour nous, cette passerelle est importante. Nous espérons qu’elle pourra durer longtemps.
ET COMMENT CET ENGAGEMENT EST-IL VÉCU PAR LES AUTRES MEMBRES DE LA COMPAGNIE ?
C’est un engagement bénévole. Il faut trouver des salles gratuites pour nos représentations, faire de la communication, créer les décors, les costumes, organiser les répétitions, parfois le week-end… Mais cet engagement ne consiste pas seulement à aller se produire sur une scène. Il consiste aussi à se mobiliser pour récolter de l’argent qui sera ensuite distribué à un projet concret.
Nous avons deux nouveaux membres comédiens depuis un an et une troisième personne vient de nous rejoindre. Elle va notamment nous aider sur le plan matériel, pour la billetterie, la communication et d’autres choses.
Ces personnes savent que rejoindre la Compagnie DOMANI, c’est aussi s’engager dans un projet caritatif et que nous sommes tous bénévoles.
VOUS COMMUNIQUEZ ÉGALEMENT AUPRÈS DU PUBLIC SUR LA DESTINATION DES RECETTES. POURQUOI EST-CE IMPORTANT POUR VOUS ?
Nous communiquons en amont des représentations, mais surtout à la fin du spectacle. Nous remercions les personnes d’être venues et nous leur expliquons que, grâce à leur place, l’argent va servir à telle action ou à telle cause. Le public a aussi le droit d’être remercié et de savoir que sa participation va servir une cause caritative.
EST-CE QUE VOUS AVEZ UN SOUVENIR, UNE RENCONTRE OU UN RETOUR DU PUBLIC QUI VOUS A PARTICULIÈREMENT MARQUÉE AU COURS DE CETTE AVENTURE ?
Nous avons un jour joué pour une association qui s’appelle Flamme de la vie, au Théâtre de l’Odéon à Lyon. Cette association accompagne des enfants très gravement malades. L’association avait recueilli le souhait de plusieurs enfants qui voulaient voir un théâtre parce qu’ils n’y étaient jamais allés.
Dominic et moi avons alors créé une première version de « Drôle de Cendrillon ». Nous étions quatre comédiens sur scène et nous nous sommes produits devant ces enfants. Mais ils ne sont pas simplement venus assister au spectacle. Après la représentation, ils ont pu aller dans les loges, monter sur scène, faire un salut, mettre un costume et faire comme s’ils jouaient eux-mêmes.
J’ai fait beaucoup de représentations, mais celle-là est vraiment celle qui m’a le plus marquée.
Nous ne rencontrons pas forcément les enfants qui bénéficient de nos actions au Centre Léon Bérard. Nous sommes en contact avec les personnes qui sont responsables de l’organisation des dons et des projets financés à L’IHOPe, mais nous ne rencontrons pas les enfants comme peuvent le faire les clowns, les psychologues ou les personnes qui interviennent directement auprès d’eux.
Notre objectif est vraiment d’intervenir financièrement, en permettant la réalisation de projets concrets.
QUELS SONT LES PROCHAINS PROJETS DE LA COMPAGNIE ?
Notre prochain projet s’appuie justement sur Drôle de Cendrillon . Nous avons repris et étoffé cette pièce. Nous sommes en pleine programmation pour la saison 2026/2027 auprès d’un jeune public à partir de 6/7 ans et de leurs parents car c’est une pièce à 2 dimensions.
Nous nous sommes dit qu’il y avait un public que nous avions un peu négligé : celui des enfants.
L’idée est aussi de sensibiliser les enfants et leurs familles au fait qu’ils contribuent à une démarche caritative destinée aux enfants souffrant d’un cancer et hospitalisés à l’IHOPe du Centre Léon Bérard.
La Compagnie DOMANI pourrait d’ailleurs se lancer dans une nouvelle création pour proposer une pièce de théàtre adaptée à un très jeune public, soit entre 3 et 6 ans, afin de pouvoir aller à la rencontre de ces enfants.
UN MOT POUR TERMINER ?
Notre principal objectif est de montrer à d’autres compagnies de théâtre amateur qu’il est possible d’aller plus loin que de simples représentations.
Bien sûr, c’est tout à fait honorable de faire des représentations. Mais on peut aussi aller plus loin et construire des projets qui ont une autre portée. Pour cela, il faut aussi que les partenaires jouent leur rôle. Il devient de plus en plus difficile de trouver des salles gratuites. Si nous devons payer une salle, une partie de la recette sera utilisée à cette dépense, alors que notre objectif est de reverser un maximum d’argent à l’IHOPe du Centre Léon Bérard.
Nous savons que les communes ont la possibilité de mettre certaines salles de spectacle gratuitement à disposition des associations. Et plusieurs communes nous soutiennent déjà : Sathonay, Bressolles, Chassieux… Bron, par exemple, nous met à disposition gratuitement un local de répétition et un local de stockage pour notre décor et notre matériel régie, et nous ouvre également les portes du théâtre Jack Jack gratuitement.
Donc c’est possible. Il faut aussi sensibiliser les collectivités à ce type de démarche.
Pour nous, c’est une vraie manière de soutenir la vie associative : il ne s’agit pas forcément de donner de l’argent, mais aussi de mettre des équipements à disposition. C’est extrêmement important pour les associations qui portent des projets caritatifs.
Et puis il faut préciser que nous sommes tous bénévoles dans l’association, avec la même philosophie et le même engagement.
Si des Compagnies de théâtre ou des comédiens souhaitent échanger avec nous ce sera avec un grand plaisir.
Voici nos coordonnées :
Téléphones : 06 83 51 28 64 ou 06 60 05 63 64
Mail : domani.assos@gmail.com
Site internet : theatre-domani.weebly.com
