Les actions de la FNCTA : continuité des Conseillers Techniques Pédagogiques (CTP)

À l’occasion de la parution du livre sur les Conseillers Techniques Pédagogiques, Gilles Champion propose un écrit afin de mettre en avant l’action essentielle d’accompagnement pédagogique qui a été menée de longues années sur nos territoires !

“Je commençais à pratiquer le théâtre en amateur en 1978 à Grenoble.

Les militants associatifs étaient tous en harmonie avec le CTP de la région, Yves Doncque. Je découvrais avec lui, la nécessité de se former à l’art dramatique et son partage des émotions ressenties sur un plateau. 

Il nous expliquait un jour le mystère de la communication non verbale sur un plateau, « dans mon dos, il y avait un comédien qui devait me donner une tape pour avancer, un soir, je suis partie avant de recevoir la tape, je l’ai sentie ». 

Lisant plus tard “La nostalgie n’est plus ce qu’elle était” de Simone Signoret, elle expliquait un peu la même chose en confondant temps, costumes à porter, vie de loge et vie hors loge, je faisais le lien.

Quelques années plus tard, j’arrivais à Lyon pour fonder le Théâtre Parts Coeur en 1984 et je rencontrais les militants lyonnais et l’ambiance créée par Gerard et Colette Mare les CTP régionaux. Sous leur houlette, nous avons développé le festival de théâtre contemporain de Châtillon-sur-Chalaronne et mis en place une politique de stages de formation.

Je commençais à prendre force et vigueur dans la pratique artistique du théâtre en amateur, à un moment charnière, le temps de la transition post-68, une transition entre une certaine forme de théâtre amateur de « patronage » et un théâtre sur un répertoire plus contemporain et des mises en scènes plus audacieuses. Nos mentors étaient alors Planchon au TNP, Le Grand Magic Circus de Jérôme Savary en tournée et au-delà, Marcel Maréchal en action à Marseille et la grande Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie.

Mais comment faire pénétrer ces lumières en profondeur dans la pratique amateure du plus grand nombre ?

Le premier axe est le choix des autrices et des auteurs à jouer.

Comment intéresser les troupes ? La solution trouvée, sous l’impulsion des CTP, c’est le festival de théâtre contemporain de Chatillon, réservé à des auteurs ayant vécu après 1945, avec des invitations à des auteurs vivants. Quoi de plus émouvant et fort que de jouer devant l’autrice ou l’auteur, de dialoguer avec lui, avec joie et aussi parfois des aspérités.

À ce sujet il y a un débat éternel sur la liberté de création de la troupe par rapport aux textes, débats toujours animés ! Nous avons pu rencontrer des personnages comme Victor HAIM, Fatima Gallaire, les regrettés Guy Foissy et Israel Horovitz, des auteurs de nos générations comme Jean Paul Alègre, Gérard Levoyer et bien d’autres.
Petit à petit nous avons vu les troupes amateures « oser » monter du théâtre contemporain jusque dans les cantons les plus reculés de notre région. Ce travail s’est approfondi avec des « master class » avec des auteurs. Nous avons vu aussi des jeunes auteurs se lancer, aidés par des concours divers d’écritures contemporaines et fortement appuyés par le mouvement amateur.

Le second axe est la formation.
Il n’est pas évident pour des amateurs de comprendre que pour bien jouer, il faut et se frotter à un rôle, un texte et se former à des techniques de base comme la maitrise du corps et de la voix. Et là, nous sommes confrontés à un problème. L’Etat s’est désengagé de l’Education Populaire portée par nos anciens, exit les CTP dont le travail était de former aux pratiques artistiques. Hélas la chaine d’union qui partait des CTP aux amateurs s’est rompue. Mais l’essentiel du message des CTP est resté : se former ! Et hélas ce créneau est fortement occupé par des écoles, des ateliers divers de formations théâtrales, dont la motivation est souvent pécuniaire : peut-on en vouloir à des comédiens professionnels de vendre de la formation pour gagner leur vie ? 

Le troisième axe est plus diffus mais oh combien essentiel : organiser la confrontation fraternelle des pratiques.
Quand j’écris fraternelle, je veux dire que des amateurs tirent profit des cheminements des autres amateurs. Là aussi, nous tirons profit de l’expérience de l’éducation populaire des années après-guerre, avec des encadrants publics qui sont là pour aider les amateurs. Et la multiplication des festivals amateurs portés par des villes, des associations prouve que le besoin est immense et le public est au rendez-vous !

Mais « rien n’est jamais acquis » a écrit le poète. La crise dite « sanitaire » dont nous sortons à peine, est un terrible révélateur des conséquences de l’arrêt des encadrements publics des pratiques amateurs : comment résister et continuer à croire à nos utopies théâtrales quand tout est fermé, verrouillé, interdit ? Interdit de répéter face à face, de partager avec un public, place au divertissement numérique dont les GAFA se gavent, exit les pratiques associatives qui ne leur rapportent rien. Alors nous essayons de promouvoir auprès des services publics, des élus, l’idée des Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, des MPAA, dont la ville de Paris a donné l’exemple.

En résumé, nous essayons de reprendre le combat de nos anciens qui se résume dans la belle équation actuelle : LIEUX CULTURELS = LIEUX ESSENTIELS à ne jamais fermer, avec un soutien fort aux associations culturelles dont l’affaiblissement est une des causes du déchirement du tissu républicain.

Vive le théâtre = vie !

 

Gilles Champion
FNCTA-Président de l’Union Rhône-Alpes et administrateur du Comité Départemental Rhône Administrateur de la COFAC AURA
Bureau du Mouvement Associatif AURA en charge de la transition numérique pour les associations 
Troupe THEATRE PARTS COEUR  et CIE-DE-LA-LETTRE- G
Auteur dramatique membre de la SACD et de  Union Des Écrivains Auvergne -Rhône -Alpes

Un lien historique avec la fondation du Festival National de Théâtre Contemporain Amateur

Châtillon-sur-chalaronne (Ain)

“Le Centre Culturel de Châtillon ayant accueilli pendant de nombreuses années des stages de réalisation théâtrale à l’initiative des CTP«Jeunesse et Sports» Colette et Gérard Maré, des rencontres ont été initiées en 1986 réunissant des troupes de théâtre locales, le Théâtre 2000 de Bron, le Théâtre de la Roële de Villers-les-Nancy, un groupe de musique rock et de jeunes auteurs dramatiques. L’implication croissante des dits auteurs et de la FNCTA a permis le développement de ce  festival qui se déroule désormais pendant 5 jours (ou plus) durant la semaine de l’Ascension. Il a obtenu de la FNCTA la labellisation  « festival national» en 1998.”

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