INTERVIEW
Bruno Vessière
BONJOUR, POUR COMMENCER, POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER ?
Je suis coprésident du Comité Isère de la FNCTA et membre de deux compagnies de théâtre amateur. Je fais partie de la compagnie Tridi depuis de nombreuses années et, depuis 2015, j’y pratique également la mise en scène. Je suis aussi membre de la compagnie 23h24, en tant que comédien.
POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER AEROPAGE ET NOUS EXPLIQUER COMMENT EST NÉE CETTE ASSOCIATION ?
AEROPAGE est une association qui a été créée autour d’un projet de pratiques artistiques amateures. À l’origine, nous avions repéré un bâtiment sur la commune de Pont-de-Claix, l’ancienne Halle des papeteries. C’est un très grand bâtiment, qui fait environ 13 mètres de large sur 200 mètres de long.
Le projet de réhabilitation de cette halle nous a amenés à réfléchir à ce que nous pourrions y créer pour le théâtre amateur. Nous avons commencé à en parler avec différentes compagnies et, petit à petit, le projet s’est construit collectivement. L’idée était de trouver un lieu qui puisse répondre à plusieurs besoins que nous rencontrons régulièrement dans nos pratiques de compagnies amateurs.
Nous avons ensuite travaillé avec une agence d’architecture qui nous a proposé d’intégrer notre projet culturel à une réflexion plus globale sur l’ensemble du bâtiment. La Halle est suffisamment grande pour accueillir plusieurs usages : une partie tertiaire, une partie sportive, une partie culturelle et un espace de restauration.
Dans notre proposition, la partie culturelle comprenait notamment une salle de spectacle pouvant également accueillir des expositions, des salles de répétition et des espaces de stockage.
QUELS SONT JUSTEMENT CES BESOINS AUX QUELS VOUS CHERCHEZ À RÉPONDRE ?
Il y en a plusieurs. Dans les échanges avec les différentes compagnies, deux besoins revenaient très fréquemment : avoir des lieux pour faire tourner nos spectacles et disposer d’espaces de stockage pour les décors, les costumes, les accessoires, le matériel technique,…
L’idée était donc de trouver un endroit où nous pourrions mutualiser tous ces moyens. Et puis, progressivement, nous nous sommes dit que nous pouvions aller beaucoup plus loin : mutualiser pourquoi pas des textes de théâtre, rechercher des metteurs en scène, partager des informations et devenir un véritable lieu ressource pour les compagnies.
Nous avions également besoin d’un espace permettant de finaliser les spectacles. Très souvent, les répétitions se font dans des salles de réunion ou dans des lieux qui ne permettent pas de travailler réellement l’implantation d’un décor ou de faire une création lumière. Avoir une salle de spectacle permettrait de faire cette dernière étape dans de bonnes conditions.
Il y avait également une demande autour des ateliers : certaines personnes souhaitent pratiquer le théâtre sans forcément avoir envie de monter sur scène, tandis que des professionnels peuvent être à la recherche de lieux pour proposer leurs ateliers.
CE LIEU SERAIT DONC À LA FOIS UN LIEU DE PRATIQUE, DE DIFFUSION ET DE RESSOURCES ?
Oui, exactement. L’idée est vraiment de créer un lieu de mutualisation et de référence sur tout un tas de sujets.
Et nous ne souhaitons pas rester uniquement centrés sur le théâtre. Nous aimerions également pouvoir accueillir d’autres formes de spectacle vivant, mais aussi des arts plastiques. Quand on va voir un spectacle, on apprécie aussi d’avoir un peu de temps avant l’ouverture des portes. Cela peut être l’occasion de découvrir une exposition, par exemple.
L’idée est donc de créer un lieu de rencontre entre différents arts et de permettre à chacun de pratiquer ou de découvrir une discipline.
COMMENT LE PROJET S’EST-IL CONSTRUIT AVEC LES DIFFÉRENTES COMPAGNIES ?
Le projet s’est affiné au fur et à mesure des discussions et des réunions avec les compagnies. Au départ, il y avait surtout cette idée de mutualiser des moyens, puis nous avons progressivement élargi notre réflexion pour arriver à cette volonté de mélanger les pratiques et les arts.
Nous avons aussi cherché à regarder ce qui existait déjà autour de nous. Nous sommes notamment allés rencontrer différents lieux à Grenoble pour comprendre leur fonctionnement, leur modèle économique, la manière dont ils avaient pu acheter ou obtenir un lieu, et comment ils arrivaient à le faire vivre.
Nous voulions être certains que notre projet était viable économiquement. L’objectif n’était pas de créer quelque chose qui ne pourrait pas fonctionner par la suite.
VOUS VOUS ÊTES ÉGALEMENT INTÉRESSÉS À DES EXPÉRIENCES EXISTANTES AILLEURS EN FRANCE ?
Oui. Nous avons notamment découvert les Maisons des pratiques artistiques amateurs de Paris, les MPAA. C’est un modèle différent puisque la Ville de Paris est directement impliquée, notamment dans la mise à disposition des lieux et dans le financement du personnel.
Nous avons également découvert la Maison du théâtre amateur de Rennes, qui existe depuis plusieurs décennies. Là, le fonctionnement est un peu plus proche de ce que nous imaginons : le lieu est mis à disposition et une association en assure la gestion, avec des financements publics.
Ces différentes expériences nous ont permis de mieux comprendre les possibilités et de réfléchir à notre propre modèle.
COMBIEN DE COMPAGNIES SONT AUJOURD’HUI ENGAGÉES DANS AEROPAGE ?
Au départ, nous étions huit compagnies à travailler sur le projet; Cie Tridi (Grenoble), Cie 23h24 (Seyssins), Cie Court Bouillon (Tignieu Jameyzieu), Cie les Astrolabes (Claix), Cie Langue de Roche (Montchaboud), Cie Rouge Banane (Saint Egrève), Cie les Brigands de la Plume (le Pont de Claix), Cie Qui Palpite (Eybens), avec le Comité Isère de la FNCTA.
La dynamique s’est vraiment construite progressivement. Nous nous connaissions notamment grâce aux festivals, aux rencontres entre compagnies et à la Journée du comédien que nous organisons en Isère depuis plusieurs années.
C’est en échangeant entre nous que nous avons constaté que certaines problématiques étaient communes et qu’il y avait peut-être quelque chose à construire collectivement.
DEPUIS COMBIEN DE TEMPS TRAVAILLEZ-VOUS SUR CE PROJET ?
Le bâtiment avait été repéré dès 2022-2023. Nous avons commencé à en parler avec les premières compagnies en 2024 et nous avons vraiment commencé à nous réunir autour du projet cette année-là.
En 2025, nous avons beaucoup travaillé sur le projet de Pont-de-Claix, notamment sur sa dimension économique. Nous avons réalisé une véritable projection pluriannuelle : quelles activités mettre en place au départ, dans quelles conditions, quels travaux financer en premier, et comment faire évoluer progressivement le lieu.
Nous avons donc fait une étude assez poussée pour essayer de déterminer comment financer les travaux de réhabilitation et faire fonctionner le lieu dans la durée.
LE PROJET N’A FINALEMENT PAS ÉTÉ RETENU. OÙ EN ÊTES-VOUS AUJOURD’HUI ?
Effectivement, la proposition que nous avions intégrée n’a pas été retenue. Un autre projet a été choisi pour la réhabilitation de la Halle des papeteries.
Cela ne remet toutefois pas en cause notre volonté de créer un lieu de mutualisation pour le théâtre amateur. AEROPAGE a justement été créée pour porter ce projet et nous sommes maintenant à la recherche d’un autre lieu qui pourrait l’accueillir.
Nous avons d’ailleurs déjà commencé à activer différentes pistes.
VOUS AVEZ RÉCEMMENT EU UN PREMIER CONTACT AVEC DES ÉLUS AUTOUR DE CETTE RECHERCHE.
Oui. Avec la compagnie 23h24, nous avons participé au forum des associations début septembre. Anne-Sophie Chardon, conseillère départementale qui connaît notre travail depuis plusieurs années était présente et nous avons pu échanger avec elle sur le projet.
Elle nous a proposé de nous mettre en contact avec la Métropole par l’intermédiaire du président de Grenoble Alpes Métropole et maire de Seyssinet-Pariset, Guillaume Lyssi. Nous leur avons donc transmis une présentation succincte du projet afin qu’ils puissent éventuellement nous aider à identifier un lieu.
Pour l’instant, nous n’avons pas encore de retour concret, mais le fait d’avoir pu établir ce premier contact est déjà intéressant. Dans ce type de projet, les choses se construisent généralement sur le moyen ou le long terme.
VOUS AVEZ ÉGALEMENT LANCÉ UN APPEL À MANIFESTATION D’INTÉRÊT AUPRÈS DES COMPAGNIES. POURQUOI CETTE DÉMARCHE ?
Avant même l’appel à projets de Pont-de-Claix, Nous nous avons pris contacte avec les associations culturelles de Pont-de-Claix. En début d’année 2026 nous avons lancé un appel à manifestation d’intérêt auprès des compagnies de théâtre amateur de l’Isère.
L’objectif était de savoir si ce projet répondait réellement à un besoin et si d’autres compagnies seraient intéressées par cette idée de mutualisation. Nous avons reçu une dizaine de réponses de compagnies qui nous ont dit que le projet était intéressant et qu’elles espéraient qu’il puisse aboutir.
Cela nous a permis de confirmer qu’il y avait un intérêt autour de cette idée et que le besoin de mutualisation était partagé par d’autres compagnies du département.
QUEL RÔLE LE COMITÉ ISÈRE DE LA FNCTA POURRAIT-IL AVOIR DANS CETTE FUTURE MAISON DU THÉÂTRE AMATEUR ?
L’idée serait que ce lieu puisse également devenir le siège du Comité Isère de la FNCTA. Cela permettrait d’avoir une présence plus visible et davantage « pignon sur rue ».
Pour les compagnies qui cherchent à nous contacter ou à rencontrer le Comité, c’est aussi différent d’avoir un lieu identifié plutôt qu’une simple adresse mail. Cela pourrait améliorer notre visibilité et faciliter l’organisation de réunions, de stages, de conférences ou d’autres temps de rencontre.
Ce lieu pourrait donc vraiment devenir un lieu de référence et un lieu ressource pour le théâtre amateur dans le département.
QUELLE EST AUJOURD’HUI VOTRE AMBITION POUR AEROPAGE ?
Nous souhaitons que ce projet puisse concerner largement les compagnies de l’Isère, qu’elles soient fédérées ou non. Si des compagnies pensent qu’un tel lieu pourrait être intéressant pour elles, nous sommes évidemment intéressés pour recueillir leur avis et leur intérêt.
Le projet est toujours là. Il faut maintenant lui trouver un lieu pour qu’il puisse prendre son envol.
Dans la Loire, La Comète, située à Saint-Étienne, dont ses activités se concentrent sur l’accompagnement des pratiques amateurs et émergentes du spectacle vivant: danse, théâtre, musique, cirque… accueillera en janvier prochain le Comité Loire de la FNCTA à l’occasion de sa Journée des comédiens. L’occasion de mettre en lumière ce lieu qui ouvre ses portes au réseau du théâtre amateur pour ce temps de rencontre.
