« Je n’écris pas pour être édité, mais pour être joué. Mes textes ne sont pas destinés à séduire des comités de lecture en me conformant à l’idée qu’ils se font du théâtre. J’écris pour le public. C’est pourquoi je propose directement les textes de mes comédies aux compagnies, sans intermédiaires, sans filtre, et en toute liberté. »

Nous avons rencontré Jean-Pierre Martinez, auteur prolifique de plus d’une centaine de pièces de théâtre, qu’il a choisi de proposer en accès libre sur son site : La Comédiathèque

Défenseur d’un théâtre populaire, il aborde dans ses œuvres tous les sujets de société, avec humour mais aussi avec une certaine tendresse. 

Il aime aussi à souligner qu’il constitue, avec sa femme Ruth, un authentique couple de théâtre, partageant la même passion pour l’art dramatique, et gérant ensemble une véritable petite entreprise, puisque de l’écriture à la promotion des œuvres, en passant par la publication et la gestion des droits en France comme à l’international, ils font tous les métiers qui tournent autour de l’écriture théâtrale, du texte à la scène : éditeur, graphiste, agent littéraire, juriste… 

Ensemble, ils ont créé deux sites : La Comédiathèque qui constitue la vitrine de toutes les œuvres de de Jean-Pierre Martinez, et Libre Théâtre qui se propose de mettre en valeur et en lumière les textes du domaine public (les classiques libres de droits donc, mais aussi des pépites méconnues du répertoire français). Libre Théâtre est aussi un site de recommandations théâtrales pour les spectacles à l’affiche à Avignon, pendant et en dehors du festival.

INTERVIEW

JEAN-PIERRE MARTINEZ 

POUR COMMENCER, COMMENT VOUS PRÉSENTERIEZ-VOUS ? 

Je me définirais comme un auteur de théâtre. Le mot dramaturge me semble un peu trop sérieux. J’écris de manière professionnelle depuis une bonne vingtaine d’années, après être venu progressivement à l’écriture, par étape en quelque sorte. D’abord traducteur, puis nouvelliste, un peu poète, scénariste, et enfin auteur de théâtre, donc. En tant que scénariste, j’ai beaucoup écrit pour la télévision. J’ai signé une centaine de scénarios pour des séries comme Avocats et Associés, par exemple, qui était diffusée sur France 2. Depuis une dizaine d’années, je n’écris plus que pour le théâtre, afin d’être complètement libre de mon écriture. 

ET COMMENT ÊTES-VOUS VENU AU THÉÂTRE ? 

Au départ, il y a bien sûr l’envie et peut-être le besoin d’écrire en général…  On ne vient pas à l’écriture par hasard. Tout le monde a en soi, je crois, cette pulsion d’écriture. Certains vont persister dans cette… folie, quand la plupart choisiront des voies plus raisonnables. 

J’ai eu l’occasion, à un moment de ma vie, de m’essayer au scénario pour la télévision, qui est une façon très particulière d’écrire. C’est très formateur, parce qu’il y a beaucoup de contraintes. La contrainte du format, déjà : 26 minutes, 52 minutes, 90 minutes… Ensuite, les personnages récurrents sont fournis au scénariste par la bible de la série. À partir de là, il faut inventer les histoires et ensuite écrire les dialogues. On apprend à bâtir un scénario de façon à ce qu’il tienne en haleine le spectateur. À écrire des dialogues qui aient l’apparence du naturel… C’est un apprentissage souvent ardu mais très formateur. 

En même temps, toutes ces contraintes qui sont données aux scénaristes de télévision sont aussi une facilité, parce qu’elles donnent déjà un cadre, et que l’on n’a pas à tout inventer. En revanche, on a des patrons, qui sont le producteur, d’abord, et les chaînes de télévision ensuite… Donc, on écrit pour complaire à nos employeurs, parfois pour le meilleur mais souvent aussi pour le pire. Ce qu’on propose est souvent rejeté. Il faut revoir sa copie. Une fois, deux fois, dix fois… Sur la base de préconisations très floues, parce que les gens qui nous dirigent en savent encore moins que nous sur l’écriture. Donc, c’est toujours compliqué, stressant, souvent déprimant… et parfois même un peu humiliant. On est toujours sur la sellette, et on peut se faire débarquer d’un projet du jour au lendemain. En arrivant sur une série, on remplace généralement quelqu’un qui vient de se faire virer, et on sait qu’un jour, on sera nous aussi remplacés par quelqu’un d’autre. C’est pourquoi je savais que je n’écrirais pas toute ma vie pour la télévision. J’avais envie de me consacrer à des écritures plus personnelles. 

Parallèlement, j’ai donc commencé à écrire des pièces de théâtre. Parce que là, c’est la liberté totale. Pour le théâtre, je n’écris jamais sur commande. J’écris ce que j’ai envie d’écrire, et je le propose directement aux compagnies. Si ça leur plaît, tant mieux. Sinon tant pis. Mais l’expérience montre qu’une pièce écrite avec sincérité finira toujours par plaire à quelqu’un.

Quelques ouvrages de Jean-Pierre Martinez à retrouver sur La Comédiathèque.

 

Il se trouve que j’ai commencé à écrire du théâtre au tout début d’Internet. Au départ, comme tout le monde, j’ai essayé de me faire éditer. Et puis j’ai vite compris que j’allais perdre mon temps, et que pour complaire à un éditeur, il faudrait que je me conforme à l’idée qu’il se faisait du théâtre. Je ne voulais plus de patron, j’ai  donc choisi de proposer mes textes en téléchargement gratuit sur un site que j’ai créé, La Comédiathèque

Ce modèle a tout de suite très bien fonctionné, notamment auprès des amateurs, de la FNCTA et autres. Parce que les amateurs étaient aussi dans cette démarche nouvelle d’aller sur le web et de télécharger des pièces en toute liberté, avant de décider de les monter ou pas. Télécharger gratuitement un texte, c’est beaucoup moins lourd et beaucoup moins coûteux que d’aller le commander dans une librairie. On peut ainsi avoir accès à de très nombreux textes. Après, bien entendu, si la compagnie décide de monter la pièce, elle s’acquitte des droits d’auteur auprès de la SACD.

Pour moi, cette formule a très bien fonctionné, d’abord auprès des amateurs, puis un peu plus tard auprès des professionnels. Surtout à l’international, d’ailleurs. Je traduis mes textes moi-même en espagnol, et d’autres le font pour moi en anglais, en portugais, en allemand… Mes pièces sont maintenant traduites dans plus de vingt langues ! 

VOTRE LIBERTÉ D’ÉCRITURE EST DONC PASSÉE PAR LE TÉLÉCHARGEMENT LIBRE DE VOS PIÈCES SUR VOTRE SITE ? ET VOUS A DONNÉ PAR AILLEURS UN RAYONNEMENT À L’INTERNATIONAL ? 

Absolument ! Le livre papier, c’est quand même quelque chose de très lourd. D’une part, quand vous éditez un livre, si vous êtes très optimiste, vous allez le tirer à 500 exemplaires. Dans le meilleur des cas, vous parviendrez à les vendre en quelques années. Mais après, si il n’y a plus de bouquins, il faut le rééditer, sinon il n’est plus du tout disponible. C’est donc extrêmement contraignant. 

Avec Internet il y a une souplesse totale et une interaction maximale avec le lecteur. Sur mon propre site, j’ai fait des pics à 7000 téléchargements par jour ! Plus les autres sites sur lesquels mes textes sont disponibles. Et c’est 24 heures sur 24. Mes pièces sont téléchargées pendant la journée en Europe, et la nuit en Amérique Latine ou aux États-Unis…

Affiche de Vendredi 13 - Joué à Teheran (Iran)

Cela me donne accès à des lecteurs partout dans le monde, dans les pays les plus inattendus, avec lesquels je tisse parfois des liens très amicaux. J’ai eu par exemple plusieurs montages en Iran. Parce que les jeunes qui vivent en Iran ont des envies d’ouverture sur l’extérieur, ils ont envie de faire du théâtre et bien d’autres choses. Quand ils arrivent à avoir accès à Internet, ils tapent quelques mots-clefs et ils arrivent dans le meilleur des cas sur mon site où ils peuvent télécharger mes textes en anglais, et depuis l’anglais ils les traduisent en persan. 

De belles histoires comme celle-là, j’en ai quotidiennement. Encore hier, un universitaire en Inde m’a proposé de traduire plusieurs de mes textes pour les éditer.

Au final, mes textes sont beaucoup plus téléchargés à l’étranger qu’en France. 

ET VOUS AVEZ TOUJOURS UN REGARD SUR LES TRADUCTIONS QUI SONT FAITES ?  

Je ne vous cache pas que mon persan étant assez limité, j’ai assez peu de contrôle là-dessus ! Pareil pour le hindi, l’ourdou ou l’arabe…  Les seules langues que je maîtrise sont l’espagnol, l’anglais et le portugais. Pour le reste, je suis bien obligé de faire confiance à mes traducteurs. 

IL Y A UN VRAI PARTAGE DANS VOTRE DÉMARCHE, AVEC LES COMPAGNIES ET AVEC LE PUBLIC…

Tout à fait !  D’ailleurs, dans des pays comme l’Iran, le Pakistan, l’Inde, ou encore en Afrique, le plus souvent, cela se fait en dehors de tout cadre institutionnel, puisque de toute façon, il est très difficile de percevoir des droits dans ces pays-là. Et puis entre nous, j’aurais quelques scrupules à demander de l’argent à des jeunes qui essaient de faire du théâtre avec très peu de moyens dans un village en Afrique ou en Amérique Latine. Je suis très professionnel dans ma démarche d’auteur, notamment en ce qui concerne les droits. Mais je laisse aussi une place pour l’utopie et la gratuité. C’est un plaisir pour moi de savoir que dans le monde entier, la jeunesse qui a une envie de liberté, peut télécharger gratuitement mon texte et le monter. À mon petit niveau, je leur ouvre une fenêtre sur le reste du monde. Et ils me le rendent au centuple en me permettant de voyager quotidiennement depuis chez moi, derrière mon ordinateur. Il m’arrive souvent que mes pièces soient traduites dans des langues dont j’ignorais jusqu’à l’existence…

Mais sinon je suis beaucoup joué dans le domaine hispanique, dans toute l’Amérique Latine et en Espagne. J’ai une trentaine de pièces que j’ai traduites moi-même en espagnol.

J’ai aussi de gros montages professionnels en Europe. Cinq de mes pièces se jouent en ce moment même en Bulgarie, dans de très grands théâtres.

J’irai d’ailleurs en septembre à Sofia pour assister à la première de ma pièce Un petit meurtre sans conséquence, en bulgare, bien sûr. Je serai interviewé par la presse, je passerai peut-être à la télévision… J’aimerais avoir une telle reconnaissance dans le milieu professionnel en France. Mais nul n’est prophète en son pays, paraît-il… Mon objectif est néanmoins dans les années qui viennent de multiplier les montages professionnels en France. 

UN PETIT MEURTRE SANS CONSÉQUENCE à l'affiche en septembre au Theatro par le Théâtre de Sofia (Bulgarie)

OUI PUISQU’EN FRANCE, CE SONT PRINCIPALEMENT LES AMATEURS QUI JOUENT VOS TEXTES ? 

Les amateurs ou les petites compagnies professionnelles, c’est-à-dire des compagnies qui font des tournées en France ou régionalement, ou de jeunes compagnies… Mais je ne suis pas encore joué pour l’instant en France dans les grands théâtres notamment parisiens, avec de grosses productions et des vedettes… Je n’ai pas cela en France alors que je l’ai à l’étranger ! 

Mais c’est comme ça. Les projets professionnels en France, c’est très compliqué quand on n’est pas forcément prêt à faire ce qu’il faut pour être reconnu comme quelqu’un du milieu. Le théâtre de boulevard, à Paris, c’est un théâtre très formaté, voire un théâtre de commande. Et moi je n’aime pas beaucoup me faire commander…

Alors évidemment, le modèle d’internet, pour moi c’est une liberté totale. Ça m’arrive de mettre une pièce en ligne et dans les deux heures qui suivent, il y a un projet qui se monte. C’est un luxe incroyable ! Et si je dois payer cela par une moindre reconnaissance dans le milieu professionnel français, tant pis. C’est le prix de ma liberté.

COMBIEN DE PIÈCES AVEZ-VOUS ÉCRITES ? 

J’en ai écrit 102 à ce jour. C’est beaucoup ! Certains ont l’air de penser que c’est trop…

D’une part, j’avais cette habitude du scénario pour la télévision. J’écrivais une dizaine de scénarios par an. Alors j’ai gardé le même rythme pour les pièces de théâtre. J’écris mes pièces comme des scénarios. J’ai aussi un grand besoin d’écrire !

Quand au bout de trois semaines je n’ai pas une pièce en écriture, je commence à paniquer ! Je suis auteur. Un auteur, ça écrit. Quand je n’écris pas, quelque part, je suis au chômage.

La plus grande difficulté, c’est de trouver un sujet de pièce. Bâtir une histoire, écrire des dialogues, je sais faire, et cette partie me prend finalement peu de temps et me demande peu d’efforts. En revanche, ce qui est difficile à trouver, c’est une idée qui va être suffisamment forte pour être porteuse d’un spectacle de plus d’une heure.

C’est une alchimie très mystérieuse.  Il y a des méthodes pour écrire des histoires, et les dialogues c’est une question de pratique. En revanche, trouver le processus pour trouver une idée de pièce, c’est quelque chose de très particulier. Il arrive souvent qu’on me dise, tiens, toi qui écris des pièces, j’ai une idée pour toi. Ça ne marche jamais. Parce qu’il faut encore que cette idée, même si elle est bonne, trouve un écho en moi. L’écriture, c’est quand même une thérapie aussi, il faut bien le dire.

Il arrive cependant que je tombe par hasard sur une idée de pièce qui va immédiatement s’imposer à moi. Par exemple, j’ai lu un  jour dans un journal en Espagne un fait divers, c’était une histoire de billet de loto gagnant qui avait été oublié dans un cercueil. On avait enterré la personne avec son billet gagnant. J’ai tout de suite su qu’il y avait là un sujet de comédie. J’ai aussitôt imaginé comment cette histoire peu banale pourrait se développer. J’ai écrit à partir de cela ma pièce Café des Sports.

Ce thème du loto m’a ensuite inspiré une autre comédie, Vendredi 13, qui est à ce jour mon plus grand succès.  Vendredi 13, c’est l’histoire d’un couple qui attend un autre couple d’amis pour dîner. La femme invitée arrive seule car son mari, qui devait rentrer chez lui en avion par une compagnie low cost, a disparu lors du crash en mer de son appareil. Parallèlement, le couple qui reçoit la veuve potentielle apprend qu’il a gagné au loto. Comment ce couple va-t-il gérer cette situation conflictuelle, entre la compassion pour une amie dans le malheur… et la joie d’avoir gagné le gros lot.

Mais toutes les pièces ne sont pas forcément fondées sur des situations aussi extraordinaires. Une des premières pièces que j’ai écrite s’appelle tout simplement Elle et Lui. C’est une comédie à sketchs, l’histoire de la relation d’un couple après 10 ou 20 ans de mariage, et tout le non-dit qui va avec. Les petits compromis et les grosses compromissions. Comment un couple parvient à rester ensemble quand la passion a laissé place à la routine ?  C’est difficilement racontable, mais c’est une succession de petites scènes qui débouchent souvent sur l’absurde.

L’humour a beaucoup de dimensions différentes, et j’ai essayé d’explorer toutes ces facettes, en portant un regard ironique sur la vie et sur les gens. Y compris en abordant des sujets plutôt graves.

L’ambiance de huis-clos qui a caractérisé ces deux années de confinement dues au COVID m’a beaucoup inspiré, et j’ai beaucoup écrit pendant cette période-là.

J’ai écrit, par exemple, une pièce intitulée Juste un instant avant la fin du monde. Un astéroïde va frapper la Terre, et la fin du monde est inéluctable dans un mois tout au plus. On a rassemblé trois personnes ensemble dans une pièce. Au départ, elles ne savent pas ce qu’elles font là. Elles vont devoir débattre pour savoir s’il faut ou non informer la population, avec toutes les implications que cela engendre. 

Et il y a aussi, Après nous le déluge. À nouveau sur le thème de la fin du monde. Cette fois, le pire a déjà eu lieu. Il ne reste plus que quatre survivants, sur le départ, dans une navette spatiale, pour aller éventuellement recréer ailleurs une Humanité. Le débat et le conflit porteront alors sur cette question existentielle : Au vu de son bilan, l’Humanité mérite-t-elle d’être sauvée ? 

Personnellement, c’est une question que je me pose presque tous les jours en regardant les nouvelles à la télévision… Comme tout le monde, je suis terrifié par cette machine infernale dans laquelle nous sommes embarqués, et que personne ne semble plus contrôler. 

Alors le privilège de l’auteur, c’est de pouvoir se défouler un peu, se libérer de ses angoisses ou de ses colères, en écrivant des pièces pour dénoncer l’absurdité des hommes.

ET AVEZ-VOUS D’AUTRES PROJETS ? D’AUTRES PIÈCES EN COURS ? 

Pour moi, l’écriture, c’est un cycle. Je viens de terminer une pièce, et je suis un peu en vacances. Et puis, dans une semaine ou deux, je vais commencer à me poser la question d’un prochain sujet. Je ne vais pas le trouver tout de suite, il va se passer un mois et je vais commencer à m’impatienter. Au bout d’un moment, la pression sera telle que finalement, j’arriverai à trouver un sujet, parce que ce sera devenu nécessaire à mon équilibre mental.

Je me mets ensuite à construire l’histoire, à la développer pour voir si ça tient la route. Viennent après les dialogues. L’écriture d’une pièce, pour moi, c’est assez rapide. Ça me prend entre trois semaines et un mois. En revanche, trouver l’idée peut prendre du temps.

Donc actuellement je n’ai pas d’idée de pièce, mais bon, je viens d’en publier une il y a une semaine ! 

VOUS POUVEZ NOUS EN DIRE PLUS ? 

Oui ! La pièce s’appelle, Un Enterrement de vies de mariés.

C’est un couple qui va se  marier. Un mariage qui, de son côté à lui, est peut-être un mariage d’intérêt. Et il y a un deuxième couple, les témoins respectifs des mariés, qui ont eux sont au bord du divorce. Au bout du compte, ceux qui devaient se marier ne vont pas le faire, parce qu’ils ne se mariaient pas pour les bonnes raisons. Et ceux qui étaient mariés vont divorcer, parce que les raisons pour lesquelles ils s’étaient mariés n’étaient pas non plus les bonnes. Encore une fois une vision assez pessimiste de la vie, qui débouche néanmoins sur une véritable comédie. Les pessimistes sont d’abord de grands idéalistes, qui peinent à trouver des raisons d’espérer dans le monde qui les entoure…

Je m’appuie sur ce pessimisme pour nourrir l’humour qu’il y a dans mes pièces. C’est en ce sens que  je disais que l’écriture est une forme de thérapie. Je ne sais plus qui disait que “l’humour, c’est la politesse du désespoir”. 

Je suis pessimiste et en même temps je m’intéresse au monde et aux gens. Je suis quelqu’un de très ouvert, et je me nourris de mes rencontres, et de mes observations.

Le rire, c’est quelque chose d’assez délicat à manier. Cela requiert une certaine éthique. Quand je me moque de quelqu’un, dans une pièce, je me moque toujours de personnages que je pourrais être moi-même, pour lesquels j’ai donc une certaine empathie, une certaine indulgence voire une forme de tendresse. Il y a en nous tous un con qui sommeille. C’est de ce con dont je me moque dans mes pièces.

AVEZ-VOUS UN LIEN AVEC LES COMPAGNIES QUI JOUENT VOS PIÈCES ? EST-CE QUE VOUS ALLEZ VOIR LES REPRÉSENTATIONS ? 

Bien sûr ! C’est un des plaisirs de l’écriture théâtrale. Quand vous écrivez votre pièce dans votre coin, et que ça déclenche au sein d’une compagnie l’envie d’en faire un spectacle, à l’autre bout de la France ou parfois même à l’autre bout du monde, c’est formidable. Et après, quand c’est possible, c’est aussi un immense plaisir d’aller assister à ce spectacle. J’essaie d’aller voir tous les montages professionnels. Pour les montages amateurs, je ne peux pas tous les voir, parce qu’il y en a plus de 400 par an, et dans toute la France !

Mais j’y vais très souvent, et c’est toujours un immense bonheur. Les montages professionnels, ce sont souvent des relations un peu guindées. Chacun est sur ses gardes, et est là pour faire sa propre promotion en tirant un peu la couverture à soi. Finalement, il y a assez peu de générosité.

Chez les amateurs, c’est une mentalité complètement différente. Les gens font ça par passion, et surtout pour s’amuser. Les amateurs sont toujours curieux et très heureux de rencontrer l’auteur. Et parfois surpris qu’il ait fait l’effort de venir. 

Il y aurait tellement d’histoires à raconter sur mes rencontres avec des compagnies amateurs ! Débarquer par exemple depuis Paris dans la banlieue de Lyon, en plein hiver, dans un village où la moitié des habitants sont sur scène, et l’autre moitié est dans la salle. Avec un décor en dur fabriqué par les artisans du coin qui jouent parfois aussi dans la pièce.

Par ailleurs, beaucoup de mes pièces sont proches du vécu des gens, notamment des milieux populaires dont je suis moi-même issu. Beaucoup de mes pièces se passent dans des bistrots de campagne, par exemple, ou dans des lieux du quotidien en général. Et donc finalement, ce qui se passe sur scène n’est souvent pas très éloigné non plus de ce qui se passe dans le village. Ça leur parle et ça leur fait écho. Et ça les fait donc rire.

Donc oui, nous allons  beaucoup voir les montages amateurs de mes pièces, bien sûr ! Parfois, ça débouche aussi sur des amitiés durables. Les amateurs, par définition, ont aussi une autre vie à côté du théâtre, ce qui les rend encore plus intéressants. Et finalement, souvent plus intéressants que les professionnels !

J’ai une relation très privilégiée avec les amateurs, et je leur dis merci parce que c’est grâce à eux que j’ai pu devenir auteur de théâtre. Ce sont eux qui les premiers ont plébiscité mes pièces en choisissant de les monter, alors que je n’étais pas encore connu. Les amateurs, je leur dois beaucoup. Ce sont eux qui m’ont encouragé. Chez les amateurs, il y a une sincérité totale. Ils lisent un texte, ça leur plaît, ils le montent. Point barre. Chez les professionnels, quand vous n’êtes pas chez un grand éditeur, quand on ne parle pas de vous dans les médias, quand vous ne passez pas toutes vos soirées dans les dîners en ville… c’est plus compliqué. 

Et puis pour être tout à fait honnête, ce sont les amateurs qui, d’abord, m’ont permis de vivre de mon écriture, et ainsi de pouvoir consacrer tout mon temps au théâtre.

J’ai beaucoup de tendresse pour les amateurs, et je crois que c’est réciproque.

IL Y A VOTRE SITE, SUR LEQUEL SONT REGROUPÉS VOS TEXTES. AVEZ-VOUS CHOISI D’EN PUBLIER CERTAINS ?

Comme je le disais tout à l’heure, j’ai vite renoncé à me faire éditer chez les grands éditeurs parisiens. Il faut bien le dire parce qu’au départ, j’ai reçu des lettres-types de refus, sans même savoir si mes textes avaient été vraiment lus. Aujourd’hui, cela ne m’intéresse plus d’être édité par l’Avant-Scène Théâtre ou Actes Sud, qui dans le meilleur des cas vendraient quelques centaines de mes livres sur une période de quelques années, avant que l’ouvrage ne soit plus disponible, alors que mes textes sont téléchargés plusieurs milliers de fois par jour sur mon site.

Cependant, pour les inconditionnels du livre papier, nous avons créé une maison d’édition qui publie mes propres textes d’une part, et d’autre part  des pièces de théâtre méconnues du répertoire classique libre de droits. Nous avons un stock pour fournir les commandes des librairies indépendantes. Et les lecteurs peuvent aussi commander les livres en impression à la demande sur les sites qui proposent cette fonctionnalité.

Bizarrement, donc, alors que tous mes textes sont disponibles en téléchargement gratuit, nous vendons aussi des livres papier.  C’est aussi symbolique, bien sûr, car lorsque l’on est  auteur, le support du livre papier est également important. Nous touchons ainsi un autre public, et cela nous donne une respectabilité supplémentaire.

POUR CONCLURE, QUELLE EST LA PIÈCE QUI VOUS A LE PLUS TOUCHÉE ?

On me demande en général quelle est votre pièce préférée. Votre question est plus subtile et plus difficile.

Les pièces qui déclenchent le plus d’émotions chez moi sont des pièces qui sont très personnelles. Voire très autobiographiques. J’en ai écrit très peu, d’ailleurs, car pour écrire, j’ai besoin de créer une certaine distance entre ma propre vie et la fiction théâtrale. Il y a Photo de famille, qui est très autobiographique, et qui donc, forcément, me touche plus particulièrement. C’est par ailleurs une pièce qui est très peu montée. 

Et puis, il y a les grands sujets de société. Juste un instant avant la fin du monde, par exemple, ou Après nous le déluge. Ce sont des pièces qui me touchent parce que ce sont des sujets qui me révoltent. Je trouve totalement invraisemblable que le bateau dans lequel nous sommes tous embarqués fonce ainsi  à grande vitesse vers un mur de glace, pendant que le capitaine continue d’ordonner à son équipage d’accélérer encore. En espérant que le mur aura fondu avant qu’on s’écrase dessus…  

Pour en savoir plus et découvrir les textes de Jean-Pierre Martinez, nous vous invitons à aller sur  La Comédiathèque et sur Libre Théâtre

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